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Les coûts cachés de l’absentéisme et du présentéisme : les suivre pour les faire baisser



L’absentéisme, ce phénomène délétère pour l’entreprise et dont l’indicateur est suivi par les services RH et la Direction, est bien connu dans le monde de l’entreprise. Le taux d’absentéisme est en effet à surveiller de près car il peut révéler bien plus que quelques problèmes individuels ou une tendance du marché. Mais suivez-vous également le présentéisme, phénomène bien plus subjectif, difficilement chiffrable qui pourtant représente un coût considérable pour les entreprises ?


Le présentéisme ? Qu’est-ce que c’est ?

Le présentéisme désigne :

  • les heures de présence dans l’entreprise mais qui ne sont pas travaillées ou de façon très peu productive (sous-investissement),

  • les heures travaillées en dehors des horaires de l’entreprise, ainsi que les heures de présence de salarié.e.s qui devraient être absents pour maladie (surinvestissement).

Dans le premier cas, c’est la présence dans l’entreprise de salarié.e.s en sous activité, qui ne font rien, qui brasse de l’air, qui font des tâches personnelles, qui jouent au foot (si, si, c’est véridique, j’ai connu des personnes « mises au placard » sur un open-space vide à peine terminé, qui n’avait rien à faire et jouait au foot pour s’occuper. Pas forcément par gaieté de cœur, ni par fainéantise, juste pour ne pas complètement sombrer dans le « bore-out » (nous vous en parlerons dans un autre article).


Dans le deuxième cas, c’est au contraire des salarié.e.s qui en font trop, sur des journées trop longues, qui travaillent le soir tard, pendant leur weekend, qui ne prennent pas le temps de prendre des congés (à tort, car les vacances sont un véritable levier de performance !) , ou encore qui viennent travailler alors qu’elles sont souffrantes, avec les risques induits de contaminer les collègues, de sous-productivité, de manque de concentration, de retard de guérison, voire d’aggravation des symptômes par manque de repos.

Alors pourquoi rencontrons-nous dans de très nombreuses entreprises en France des personnes qui font acte de présence ou qui travaillent trop ?


Les causes : multifactorielles

Il n’y a pas qu’une seule cause à ce phénomène. Nous pouvons en identifier au moins quatre.


Le Management par le contrôle


Dans de nombreuses entreprises françaises, le management par le contrôle et la mise en compétition des salarié.e.s est malheureusement encore de mise. Le haut de la pyramide est très éloigné de la base, ne se fie qu’à la première, deuxième, voire troisième couche de management et n’a absolument pas confiance dans la base. Les collaborateurs sont sollicités à n’importe quelle heure, n’importe quel jour, la charge de travail est souvent trop importante, et il est mal vu, voire inconcevable de ne pas être au travail à 19h.


Perception sociale et culturelle



Les préjugés et biais sociaux ont la vie dure. Même si la frontière avec la première cause peut être mince, être professionnel, montrer que l’on est engagé, « corporate », dévoué à son travail passe encore trop souvent par le besoin d’être vu au travail ou connecté, en cas de télétravail. En recherche de reconnaissance, certain.e.s collaborateur.trice.s font acte de présence pour montrer leur dévouement, même si le travail est fait, ou les prochaines tâches peuvent attendre le lendemain.


Sous-effectif


Malheureusement, parfois la charge de travail est telle qu’elle justifierait une ou plusieurs embauches. Certain.e.s salarié.e.s font le travail de plusieurs personnes, et ne trouvent pas d’autres choix que d’élargir leur amplitude horaire.


Problèmes personnels


Le présentéisme est parfois une fuite en avant. Que ce soit pour des problèmes de couple, parce qu’il y a une personne malade à la maison, parce que la solitude est insupportable chez soi : être au travail permet de fuir ses problèmes personnels et son quotidien à la maison et donne une raison valable à ses proches pour ne pas être présent. Consciemment ou pas.

Quelle qu’en soit la cause, le présentéisme a des conséquences sur la vie des salarié.e.s et sur la vie de l’entreprise.


Quelles conséquences ?


Étroitement liées les unes avec les autres, les conséquences peuvent être multiples.


  • Risques psychosociaux (RPS) : lorsque la pression est trop forte, que le stress devient chronique, que les délais se raccourcissent, les risques psycho-sociaux augmentent. Un management par le contrôle, laissant peu de place à la confiance et à l’autonomie est trop souvent source de RPS, tout comme la surcharge de travail. Il est donc essentiel de mesurer ces risques dans toutes les entreprises et d’en comprendre les causes.

  • Absentéisme : que ce soit par manque de confiance, à cause de l’aggravation des symptômes présents, pour épuisement professionnel, les conséquences des causes citées plus haut mènent bien souvent à l’absentéisme. Il n’est donc pas rare que les deux phénomènes soient présents dans l’entreprise sans pour autant que la Direction ait fait un lien de cause à effet entre les deux.

  • Impact sur l’équilibre vie pro vie perso : comme nous l’avons vu dans les causes, le fait de travailler de longues heures, de travailler soirs et weekends ont un fort impact sur l’équilibre entre la vie professionnelle et la vie personnelle. Cet équilibre est fragile et il est de la responsabilité de l’entreprise de veiller à ce qu'il soit respecté...en commençant par se l'appliquer à soi au niveau du top management !

  • Impact sur l’égalité femmes hommes : là encore, lorsque la pression, sous-jacente ou déclarée, est mise sur les salarié.e.s afin d’imposer une présence bien au-delà des horaires raisonnables, de nombreuses femmes sont écartées des évolutions de carrières et promotions car bien souvent, ce sont elles qui gèrent les sorties d’école, les activités extra-scolaires et la gestion de la famille après le travail.

  • Désengagement : le manque de confiance de la Direction, la charge de travail excessive, le fait de devoir subir le regard des collègues lorsque l'on doit quitter le travail à 16h30, peuvent mener à un désengagement de la part de certains salarié.e.s.

  • Sous-productivité et non-qualité: le stress chronique, les pathologies qui nécessiteraient un arrêt de travail, le désengagement sont autant de sources de manque de concentration, de baisse de la qualité, et d’augmentation des risques d'erreurs, de mauvaise ambiance, voire de conflits et d'accidents.

Alors combien l'absentéisme et le présentéisme coûtent à l'entreprise ?


S'il est assez aisé de comprendre les causes et les conséquences du présentéisme, il est pour autant bien plus compliqué d’en chiffrer les coûts.


Les coûts de l’absentéisme


Le taux d’absentéisme est suivi par de nombreuses entreprises. C’est un indicateur qui doit d’ailleurs faire partie du tableau de bord social, tableau de bord essentiel dans le suivi de la Qualité de Vie au Travail et de la prévention des risques professionnels.

Pour le calculer, il suffit d’appliquer la formule mathématique suivante:



Chaque entreprise décide ensuite des types d’absences qui font partie de ce calcul. Par exemple, la plupart des entreprises qui suivent cet indicateur incluent les accidents de travail, les accidents de trajet et les maladies professionnelles, les absences injustifiées, les congés pour enfants malades ou autres événements familiaux.

Au niveau national, le cabinet Ayming, en partenariat avec AG2R La Mondiale, a calculé, dans son baromètre annuel de l’absentéisme 2018, auprès de plus de 46 000 entreprises, un taux de 5,10%, tous secteurs confondus.

Cela représente une augmentation de +8% par rapport à 2017, taux déjà en augmentation par rapport à 2016 et 2015.

Ce taux d’absentéisme représente un coût estimé à 110 mds d’euros selon une étude de l'Institut Sapiens. Ce coût prend en compte les coûts directs (salaire des absents, gestion des absence) et indirects (coûts de gestion et salaires des remplacements, coûts induits par le report de la charge de travail sur les autres salarié.e.s, coûts de non-qualité, d’image, etc). Ce coût est réparti sur l’ensemble de la société française, que ce soit au niveau de l’Etat, par l’Assurance Maladie, les entreprises et les citoyens.

A l’inverse du taux d’absentéisme, son coût global est peu calculé et pris en compte par les entreprises car il est difficile de le calculer, pourtant, il représenterait pour la société française presque 12% de la masse salariale.


Les coûts du présentéisme


Pour ce qui est du présentéisme, l’estimation est encore plus difficile car le concept est subjectif et plus abstrait.

Il existe pourtant un baromètre, le baromètre Midori du présentéisme, qui calcule un taux de présentéisme, variant selon les entreprises observées, de 1,4 à 2 fois le taux d’absentéisme.

Ce calcul estimé est basé sur des entretiens auprès des nombreux salariés des entreprises interrogées.

Extrapolé au taux d’absentéisme national de 2018 (5,10%), le taux de présentéisme théorique pourrait donc être compris entre 7,14% et 10,20%.

Les coûts cachés estimés représenteraient entre 0,42% et 0,54% de la masse salariale pour un point de pourcentage.

Si l’on se base sur le taux de 5,10% d’absentéisme de 2018, les entreprises pourraient donc supporter un coût de présentéisme entre 3% et 5,5% de leur masse salariale ! Soit pour une entreprise qui aurait une masse salariale d’1 million d’euros (environ 30 salarié.e.s selon le salaire moyen): entre 30 et 55 000€ de coûts cachés, pris en compte nulle part, mais assumé directement par l’entreprise, contrairement au coût de l’absentéisme, qui est porté en majorité par l’Assurance-Maladie.


Quelles solutions pour faire baisser ces deux indicateurs sociaux ?


Même s’il est impossible de faire disparaître l’absentéisme totalement, les différentes études montrent que 60% du taux pourrait être évité grâce à des améliorations en termes de prévention des risques professionnels et de Qualité de Vie au Travail (QVT). Cela monte à 90% pour le taux de présentéisme.


Nous détaillerons les pistes de travail pour améliorer la QVT au sein des entreprises dans un prochain article, mais vous pouvez déjà vous pencher sur certains sujets qui pourraient être problématiques.

Parmi les leviers d’une meilleure QVT, on retrouve notamment des actions possibles au niveau:

  • Du management

  • Du contenu du travail

  • Des conditions de travail

  • Des possibilités d’évolutions et de formation

  • De la charge et des horaires de travail

  • De la communication interne et externe

La priorité est de changer de point de vue sur le travail et le monde de l’entreprise. Il est essentiel de se recentrer sur l’humain. En commençant par donner l’exemple de ce que l’on prêche !

Et vous, suivez-vous les taux d’absentéisme et de présentéisme dans votre entreprise ? Avez-vous chiffré le coût pour votre entreprise ? Et si oui, quelles actions avez-vous mis en place pour faire baisser ces taux?


Vous souhaitez comprendre pourquoi vous avez un taux élevé d’absentéisme (et potentiellement de présentéisme) et vous souhaitez en discuter pour trouver des solutions adaptées à votre entreprise?


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